Bien au chaud
12 Décembre 2025
Le morceau indispensable pour petits et grands est sans conteste le manteau, dont la longueur était jadis suffisante pour couvrir les jambes et les protéger du froid. Toujours d’actualité, son apparence a toutefois évolué au fil des décennies : si aujourd’hui les tissus synthétiques et colorés garnissent les garde-robes d’entrée, il fut un temps où c’étaient les fourrures naturelles qui constituaient la dernière mode. Renard, loup, chat sauvage, lapin, loutre, vison, mouton de Perse : les commerces ne manquaient pas d’étaler la variété de fourrures qu’ils proposaient, ni de vanter la qualité exceptionnelle de celles-ci. Autant pour la gent féminine que masculine, on retrouvait de tout dans la confection des longs manteaux, que ce soit seulement pour garnir le col ou les manches, ou encore pour couvrir l’entièreté du vêtement.
Il fallait toutefois sortir son portefeuille pour se garder au chaud lors de sorties extérieures! Même si certains commerces affichaient des prix plus modiques, surtout en fin de saison, il n’était pas rare de voir des publicités
pour des manteaux à des prix exorbitants. En 1942, on demandait 199 $ pour un manteau de chat sauvage, et il fallait débourser au moins 279 $ en 1948 pour du mouton de Perse [1]. S’ils étaient vendus aujourd’hui, ces prix seraient de près de 4 000 $! En 1975, un manteau de vison était affiché à la même valeur, soit 599 $, mais si l’on souhaitait un vêtement plus luxueux, tel que le renard gris, on devait payer pas moins de 1 195 $ en 1976 (plus de 6 000$ aujourd’hui) [2]! Il va sans dire que l’on conservait son précieux manteau de fourrure pendant de nombreuses années…
D’ailleurs, pour le « bien-être et la sécurité [des] fourrures » [3], certains commerces offraient l’entreposage des manteaux dans une voûte spécialement conçue à cet effet. Plusieurs profitaient de ce service pendant les mois plus chauds pour remiser leurs fourrures, qui étaient alors à l’épreuve de l’humidité et de la chaleur. J. A. Robert Limitée, un commerçant reconnu dans le domaine, proposait une voûte d’entreposage à même son commerce de la rue King Ouest, dans lequel on retrouvait également son atelier de confection.
Au-delà des manteaux, étoles, capes, manchons, chapeaux et couvre-chaussures en fourrure gardaient les corps au chaud. Selon le
portefeuille de chacun, certaines fourrures étant plus dispendieuses que d’autres, on pouvait agencer plusieurs sortes de fourrures afin d’obtenir un habit qui nous couvrait de la tête aux pieds. À Sherbrooke, en plus de J. A. Robert Limitée, nombreux étaient les commerces dans lesquels on pouvait retrouver ces accessoires hivernaux : T. Vineberg, J. Rosenbloom, J. A. Pelletier, Kushner, Mozart Ltée… Situés sur les rues Wellington et King, c’est-à-dire sur les artères commerciales, les Sherbrookoises et les Sherbrookois avaient du choix, et ce, tout au long du siècle dernier!
Si la fourrure a aujourd’hui perdu en popularité, elle conserve malgré tout son caractère fastueux et est encore appréciée par certains pour son côté rétro. Au Mhist, elle est d’ailleurs mise de l’avant jusqu’au 11 janvier 2026 dans l’Espace C. Vous êtes curieux de découvrir une riche iconographie sur la mode hivernale? Passez nous voir!
Icono. 1 : Émérentienne Couture, vêtue de son manteau long et de son chapeau, arbore la tenue d’hiver classique des années 1920. En privilégiant les couleurs foncées, le look est indémodable et traverse aisément les années. Fonds Blanche Couture. Musée d’histoire de Sherbrooke.
Icono. 2 : Femme d’affaires sherbrookoise accomplie dans l’univers de la mode féminine, Yvette Précourt sait s’habiller aussi chiquement que chaudement. Vers 1940, elle arbore le classique manteau de fourrure avec un col distinct ainsi que des couvre-chaussures. Fonds Yvette Précourt. Musée d’histoire de Sherbrooke.
Icono. 3 : Spécialisée dans la fabrication de manteaux et de chapeaux de fourrure, J. A. Robert Limitée a été une destination commerciale pour les Sherbrookois durant 108 ans! D’abord situé sur la rue Wellington, on voit ici sa façade de la rue King dans les années 1930. Fonds Jean-Guy Dubois. Musée d’histoire de Sherbrooke.
Icono. 4 : Vers 1935, ces deux couples incarnent le style hivernal de leur époque : pour les hommes, paletots et chapeaux, et pour les femmes, bérets et manchons, qui permettent de garder les mains bien au chaud. Fonds Arthur Olivier. Musée d’histoire de Sherbrooke.
Icono. 5 : Vers 1990, les sœurs Gertrude et Thérèse Biron montrent bien l’évolution de la mode hivernale. Si la première poursuit avec un style classique, la seconde témoigne d’un changement d’époque, où la fourrure tend à laisser place à d’autres textiles. Fonds Laurent Biron. Musée d’histoire de Sherbrooke.
[1] La Tribune, 10 décembre 1942, p. 7 et La Tribune, 30 avril 1948, p. 5.
[2] La Tribune, 30 avril 1975, p. 19 et La Tribune, 30 septembre 1976, p. 11.
[3] La Tribune, 30 avril 1975, p. 19.