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Chronique

Fleurs et jardins : la floraison d’une ville industrielle

12 juin 2026

En effet, c’est aussi tôt qu’au début du XIXe siècle qu’apparaissent, petit à petit, les jardins d’ornement sur le territoire. En 1823, avec l’élévation de Sherbrooke au rang de chef-lieu du district judiciaire de Saint-François, des terrassiers commencent notamment à offrir leurs services à la nouvelle clientèle des hommes de loi qui s’établissent dans la ville. Influencée par le mouvement pittoresque, qui met de l’avant le plaisir que procure la vue d’un paysage naturel, la nouvelle élite locale considère sa propriété comme un véritable jardin où la maison doit s’intégrer harmonieusement à la nature. Des personnages comme Edward Hale et Alexander Tilloch Galt aménagent ainsi des domaines qui marquent les débuts de l’horticulture locale.

À une époque où les centres de jardinage n’existent pas, les plantes circulent surtout grâce aux échanges entre voisins et amis. Le jardin de l’avocat Kimball suscite l’admiration notamment de Lucy Peel, qui s’installe à Sherbrooke en 1834; la famille lui donne alors des pommiers et des groseilliers pour sa propriété. L’année suivante, c’est au tour de la famille Hale de lui offrir des fleurs. Un échange des plus florissant!

L’intérêt pour l’horticulture se structure en 1856 avec la création de la Sherbrooke Horticultural Society, dirigée par George Frederick Bowen. L’organisme rassemble rapidement 120 membres et organise des expositions de fleurs et de légumes. Bien que cette première expérience soit de courte durée, elle témoigne d’un engouement grandissant pour les jardins urbains. La demeure de Charles Bell, à proximité des actuelles rues Court et Dufferin, est un bel exemple de cette époque : elle possède un grand jardin où poussent des tulipes, des jacinthes, des lupins, des pieds d’alouette et des lilas.

À la fin du XIXe siècle, les fleurs deviennent plus accessibles grâce aux commerces locaux. Des marchands généraux comme Charles-Onésime Genest vendent des graines et des plantes, mais certains vont se spécialiser entièrement dans ce domaine, comme le fleuriste Milford. La bourgeoisie francophone se met elle aussi de la partie et adopte cette mode, jusqu’alors préférée par les anglophones. Mary Esther Carr, l’épouse du journaliste et homme politique Hubert Charon Cabana, est notamment reconnue pour ses parterres de pensées et de marguerites.

Au tournant du siècle, l’embellissement de la ville devient une préoccupation collective; la Sherbrooke City Improvement Association cherche à sensibiliser la population et le Conseil municipal à la propreté, à l’hygiène et à la mise en valeur des beautés naturelles de la ville. En 1905, les membres, parmi lesquels on compte le docteur Judes-Olivier Camirand, alors maire de Sherbrooke, Andrew M. Sangster et Samuel Foote Morey, lancent une campagne pour que les propriétaires de jardins y plantent des bulbes de tulipes et de jacinthes. Cinq ans plus tard, des fleurs commencent également à décorer les espaces publics comme le carré Strathcona et l’avant de la nouvelle gare du Canadien Pacifique, à l’actuel Marché de la Gare.

Le Domaine Howard connait lui aussi le même sort. Dès 1916, Mme Howard invite la population à admirer ses hortensias dans les serres du domaine familial; c’est alors le début d’une longue aventure florale à cet endroit. En effet, en 1940, la Ville de Sherbrooke acquiert les serres du Domaine Howard. Les fleurs qu’on y fait pousser servent dès lors à fleurir les parcs et les terrains appartenant à la ville. Pour ce qui est des terrains privés, les familles peuvent se procurer des fleurs pour leurs propres jardins par le biais des marchés publics et des producteurs maraîchers, notamment chez les Boudreau, les Caron et les Yargeau de Fleurimont.

Aujourd’hui encore, cette tradition de jardins fleuris se poursuit. Les serres municipales, les concours de villes et villages fleuris ou simplement les aménagements floraux devant les maisons sont le signe d’un héritage qui se transmet localement depuis plus de 200 ans. Au Mhist, ce patrimoine est mis en valeur dans l’Espace C, du 11 juin au 25 octobre 2026. Passez voir l’exposition Fleurs et jardins et inspirez-vous des aménagements floraux du passé pour créer les vôtres!

Icono. 1 : Devant la maison familiale, le massif floral joliment aménagé vole la vedette aux enfants McCrea, Edwina et Robert. Le paysagement de la demeure suit la vague du début du XXe, où la beauté de la nature est mise de l’avant. Photo : vers 1914. Fonds de la famille McCrea. Musée d’histoire de Sherbrooke.

Icono. 2 : L’aménagement paysager de la résidence de Hubert Charon Cabana impressionne assurément quiconque vient à passer! Vers 1900, alors que les fleurs deviennent plus facilement accessibles, les résidents peuvent s’en donner à cœur joie pour colorer naturellement leur terrain. Fonds Frederick James Sangster. Musée d’histoire de Sherbrooke.

Icono. 3 : Le carré Strathcona, devant le Palais de justice de l’époque, fleurit chaque année depuis plus d’un siècle. Les espaces publics rejoignent alors les jardins privés dans le paysagement esthétique. Photo : années 1940. Fonds Rosario Cousineau. Musée d’histoire de Sherbrooke.

Icono. 4 : Le Domaine Howard fleurit chaque printemps, emplissant la cour de mille et une couleurs. Grâce à cette culture florale, les espaces publics à travers Sherbrooke sont eux aussi décorés naturellement. Photo : vers 1985. Fonds de la Ville de Sherbrooke. Musée d’histoire de Sherbrooke.

Icono. 5 : Afin d’encourager la population sherbrookoise à s’investir dans l’aménagement paysager de ses terrains privés, Sherbrooke organise en 1984 les concours « maisons fleuries » et « balcons fleuris ». Un bel incitatif visant à fleurir l’environnement immédiat des citoyens! Fonds de la Ville de Sherbrooke. Musée d’histoire de Sherbrooke.

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