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Chronique

Il y a 65 ans, un premier centre d’achats à Sherbrooke !

10 novembre 2025

Le centre commercial de la rue King n’a pas seulement marqué la vie des Sherbrookois : il a transformé leurs habitudes, leurs dimanches et leur façon de magasiner.

Avant les années 1950, faire ses emplettes à Sherbrooke signifiait arpenter la rue Wellington, où s’alignaient les commerces les uns à côté des autres : quincailleries, merceries, boutiques, boucheries, tout s’y trouvait, souvent tenu par des familles locales depuis plusieurs générations. Petit à petit, un vent venu du sud souffle sur la ville : celui du commerce moderne, de la voiture… et de la climatisation.

Le tout premier magasin à « grande surface » de la ville, sous l’enseigne Steinberg, ouvre ses portes à l’angle des rues Frontenac et Wellington quelques années plus tôt. Mais le véritable tournant arrive en 1960, avec un projet ambitieux : construire le premier véritable centre d’achats à Sherbrooke, sur la rue King. L’idée, annoncée dès février 1956, fait sensation. Un lieu unique, couvert, où l’on pourrait faire ses courses sans se soucier de la pluie, du froid ou de la neige ! Et, luxe suprême, l’endroit serait entièrement climatisé.

Le projet prévoyait 26 commerces reliés entre eux par une promenade intérieure, sur plus de 120 000 pieds carrés, avec un vaste stationnement de 500 000 pieds carrés : assez pour accueillir près d’un millier de voitures. On rêve grand, à l’époque, et ce rêve prend forme en novembre 1960 : le Centre d’achats de Sherbrooke ouvre officiellement ses portes.

La question du nom, d’ailleurs, avait fait couler un peu d’encre. On avait d’abord proposé « Centre d’achats de l’Estrie », puis « Centre Saint-Michel », et finalement « Centre d’achats King St. » (pour « King Street »). Bien que l’enseigne porte le nom « …King St. », on choisit de désigner officiellement la place comme « Centre d’achats de Sherbrooke ». Une victoire symbolique pour les défenseurs du français, applaudie par la Société Saint-Jean-Baptiste qui avait dénoncé le caractère anglophone de certaines propositions antérieures.

On y trouvait le géant de l’alimentation Dominion, les chaînes populaires Zellers et Kresge, mais aussi une foule de petits commerces : pharmacie, bijouterie, salon de coiffure, banque, et même… une salle de quilles où quatre-vingts joueurs pouvaient s’affronter en même temps ! L’endroit devient vite un lieu de promenade, un espace de rencontres et, pour bien des familles, une sortie du week-end.

Mais derrière l’effervescence, un bouleversement s’amorce : l’ouverture du Centre d’achats de Sherbrooke marque une phase de déclin du commerce au centre-ville. Les gens qui jadis flânaient sur Wellington se déplacent désormais vers la rue King, où stationner est facile et où tout se trouve sous un même toit.

Au fil des ans, d’autres centres commerciaux verront le jour dans la région (dans les années 1960 et 1970 notamment) suivant la mode nord-américaine. Le Centre d’achats de Sherbrooke, lui, changera de nom au milieu des années 1980 pour devenir les « Promenades King ».

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