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Les débuts de la viticulture au Québec : plus d’un siècle de tâtonnement (1850-1985)

5 octobre 2022

Jean-Marie Dubois, professeur émérite, Université de Sherbrooke

L’intérêt pour la viticulture commence au Bas-Canada et au Québec à la fin des années 1850 comme en font foi les démarches du comte d’origine française Justin de Courtenay auprès de l’Assemblée législative de Québec. En 1859, celui-ci désire obtenir de l’aide du gouvernement pour introduire la culture de la vigne au Canada. Cette démarche est probablement fondée sur le fait que l’on trouve sur le marché de nombreux hybrides résistants au froid venant principalement des États-Unis. L’Assemblée crée un comité spécial à ce sujet, mais sans grand succès. En l’absence d’appui politique substantiel, le comte de Courtenay poursuivra, en 1864, ses activités de promotion de la viticulture, mais dans le Sud de l’Ontario.

Par ailleurs, outre les vignobles des communautés religieuses (Cisterciens, Collège de Montréal, Hospitalières, Jésuites, Oblats et Sulpiciens), il se crée une trentaine de petits vignobles dans les Basses-terres du Saint-Laurent et quelques-uns à caractère commercial, dont celui du pépiniériste J. H. Menzies (1877) à Beaconsfield et Les vignobles Beaconsfield (1880) près de Pointe-Claire. Ces deux vignobles produisent du raisin et vendent des plants pour les jardins-potagers.  La viticulture se propage alors dans la plaine du Saint-Laurent, mais particulièrement dans la région montréalaise. La publication d’un Manuel du Cultivateur en 1881 par J. B. LaMontagne témoigne de cet intérêt pour la « culture raisonnée… de la vigne ».  La production totale du Québec en raisin passe de 88 100 livres en 1870 à 995 800 livres en 1900, mais décline rapidement par la suite avec 217 800 livres en 1910 et seulement 63 400 en 1920.

La période de déclin après 1900 se caractérise par la Première Guerre mondiale, la crise mondiale des années 1930, la création et le monopole de la Commission des Liqueurs du Québec en 1921 et les campagnes de tempérance des années 1910 à 1940. Après 1945, les Québécois redécouvrent graduellement le vin de table à la suite du retour des soldats de la Deuxième Guerre mondiale, de l’émigration européenne, de la Révolution tranquille des années 1960 et de l’Exposition universelle de 1967.

À partir des années 1970, certains, dont quelques immigrants d’origine, entreprennent une viticulture familiale mais celle-ci échoue avant d’arriver à la commercialisation, comme c’est le cas du vignoble de Michel Croix à Saint-Bernard-de-Lacolle (1972-1982). En revanche, il y a des réussites : on assiste, en 1979, à la création de la première association de viticulteurs au Québec, composée de Québécois d’origine canadienne-française et à la mise sur pied, en 1982, du premier vignoble communautaire à Charlesbourg, près de Québec.

En 1985, après d’âpres batailles et représentations, la Régie des permis des alcools du Québec accorde enfin les premiers permis commerciaux de vente de vin produit avec des raisins récoltés au Québec. C’est alors l’ouverture des cinq premiers vignobles commerciaux : Angell à Saint-Bernard-de-Lacolle (1976-2007), La Vitacée à Sainte-Barbe (1977-1999), Saint-Alexandre à Saint-Alexandre (1980-1998), Domaine des Côtes d’Ardoise (depuis 1980) et L’Orpailleur (depuis 1982). Ceux-ci se trouvent en Montérégie et dans les Cantons-de-l’Est, où l’on retrouve plusieurs Québécois d’origine française ou italienne émigrés depuis un certain temps. En 1985, ces cinq vignobles totalisent environ 75 000 ceps sur 16 hectares et produisent environ 21 000 bouteilles de seulement 10 vins.

Dès 1987, les vignerons sont assez nombreux pour fonder l’Association des vignerons du Québec. De 1961 à 1985, la consommation de vin au Québec passe de 2 litres par habitant à 10 litres, ce qui laisse présager un bon bassin de consommateurs aux vignerons québécois. Depuis cette époque, la viticulture se diffuse dans presque toutes les régions du Québec et on dénombre actuellement plusieurs centaines de vignobles de toutes tailles.

Photo 1 : Les vendanges en famille au vignoble de Beaconsfield en 1879 (L’Opinion publique, vol. 44, 30 octobre 1879, p. 519)

Photo 2 : L’emmagasinage du raisin au vignoble de Beaconsfield en 1879 (L’Opinion publique, vol. 44, 30 octobre 1879, p. 519)

Photo 3 : Achat de ceps du vignoble de Beaconsfield par les Hospitalières (Gallagher & Gauthier : Catalogue illustré et descriptif des vignes, baies et roses cultivées et en vente aux vignobles de Beaconsfield. Compagnie d’imprimerie canadienne, Montréal, 1880, 24 p.)

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