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Au fil de la gorge de la rivière Magog : d’un barrage à l’autre

25 septembre 2020

La gorge de la rivière Magog est située au cœur du vieux Sherbrooke. Mais il n’y a pas que sa position géographique qui est centrale : elle est en effet la pierre d’assise du développement du hameau, dès sa fondation, puis celle de la vocation industrielle que connaît Sherbrooke durant un siècle. Dresser un survol des différents barrages qui s‘y installent ne coule pas de soi, mais en voici un essai. Notez bien que nous avons choisi de remonter le fil de la gorge pour vous les présenter, mais que la numérotation officielle des barrages descend plutôt la rivière.

 

Les besoins hydrauliques

À l’installation des premiers colons dans les cantons d’Ascot et d’Orford, ce sont le confluent des rivières Magog et Saint-François, mais aussi les chutes – bien que modestes – qui se situent en amont de cette fourche qui séduisent les pionniers. La construction d’un premier barrage se concrétise dès 1802 : il sert à alimenter un moulin à farine, un moulin à scie, puis un moulin à carder (1805). Depuis le début du 19e siècle jusque dans les années 1880, la gorge de la rivière Magog est un vecteur déterminant dans le développement de Sherbrooke : si le potentiel hydraulique est un attrait majeur pour les artisans et manufacturiers, il conditionne également le lieu d’établissement des fabriques, lesquelles doivent obligatoirement se trouver à proximité de la source d’énergie.

Les initiatives manufacturières se multiplient, tant dans la basse-ville que dans la haute-ville, si bien qu’au milieu des années 1880, il ne reste que peu d’espaces vacants le long des rives. C’est d’ailleurs ce qui entraîne la construction d’un bâtiment industriel en plein centre de la rivière. Il est édifié sur un îlot rocheux, entre les barrages no 5 et no 4.

Les barrages no 5 et no 4

Situé près du confluent, le barrage no 5reprend l’emplacement du barrage construit en 1802 par Gilbert Hyatt et Jonathan Ball. Racheté par la BALCo dans les années 1830, refait vers 1844, puis en 1873, il est utilisé jusque dans les années 1910. Le barrage no 4, quant à lui, dressé plus en amont en 1871, alimente notamment la Sherbrooke Street Railways (SSR), de 1897 à 1910. Celle-ci construit d’ailleurs, sur la rive sud, une centrale hydroélectrique (1896) à l’usage du réseau de tramways sherbrookois. Pour assurer les besoins énergétiques de ce dernier, le barrage est reconstruit alors qu’une nouvelle centrale – des Abénaquis – est érigée en aval une quinzaine d’années plus tard.

Celle-ci entre en fonction en 1910. À noter que la première centrale de la SSR, bien qu’inactive, n’est démolie qu’en 1936. Au cours des décennies, la centrale des Abénaquis change de mains à plusieurs reprises : elle est achetée par la Southern Canada Power en 1913, puis par Hydro-Québec en 1963 lors de la nationalisation de l’électricité. Elle rejoint finalement le giron d’Hydro-Sherbrooke en 1988.

La centrale Frontenac

Non loin de l’actuel pont Hubert-C. Cabana, on retrouve la centrale Frontenac. Mise sur pied en 1888 par la Sherbrooke Gas and Water, elle est à l’origine alimentée par le barrage no 3 (1873, 1902) : sa production électrique sert alors à l’éclairage de rues. Par la suite, elle dessert plusieurs usines, commerces et hôtels, bien avant les résidences. En 1916, d’importants travaux ont lieu, ce qui confère au site son visage actuel : un peu en aval de l’ancien, on construit un nouveau barrage en béton armé avec une hauteur de chute plus importante. Au cours du siècle suivant, plusieurs travaux d’envergure sont réalisés, tant sur le barrage qu’à l’intérieur de la centrale : celle-ci est notamment automatisée vers 1959. Toujours en activité, la centrale Frontenac est la plus vieille centrale hydroélectrique encore en fonction au Québec.

Les barrages no 2, no 1 et Goodhue

Maintenant, qu’en est-il de la courte portion de la gorge qui est longée par la rue Belvédère, jusqu’à la rue King? Entre la fin des années 1820 et les années 1920, on y retrouve quatre barrages, dont un seul est toujours présent. Construit en 1877 par la BALCo tout près du Main Dam, le barrage no 2 dessert principalement deux industries, soit celle d’A. L. Gringrod et la Sherbrooke Gas and Water (jusqu’en 1888), laquelle détient alors le monopole de l’éclairage des rues. Il est démoli en 1916 lors de la construction du nouveau barrage de la centrale Frontenac.

En 1828, Charles Frederick Henry Goodhue fait construire le premier barrage dans la partie haute du village. Il alimente deux moulins et diverses petites industries. La BALCo rachète les installations dès 1834. Vingt ans plus tard, le barrage de construction rustique ne répond plus aux besoins et est démoli. Dans la foulée, le barrage no 1 est érigé à l’embouchure de la gorge. Il assure alors l’alimentation en énergie d’une scierie déjà en place et favorise l’installation de deux nouvelles usines de laine dans les années 1860, soit la Lomas (1864) et la Paton (1866), en plus de servir à la régulation des eaux. Il est alors considéré comme le barrage principal (Main Dam). Pour subvenir aux importantes demandes énergétiques de la Paton, la hauteur de chute du barrage doit être augmentée dès 1871. En fait, à ce moment, l’industrie acquiert littéralement une partie du barrage de la BALCo, et sa totalité en 1909. En 1926, la compagnie de lainage, alors l’une des plus prolifiques au pays, reconstruit le barrage no 1 pour maximiser sa capacité énergétique. La petite centrale en briques située sur la rive nord est construite à ce moment-là; la Ville en fera l’acquisition à la fin des années 1960. À noter que c’est lors des travaux de 1926, lesquels augmentent une fois de plus la hauteur de chute du barrage, que le « lac des Nations » prend sa forme actuelle.

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