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Vitiviniculture et consommation du vin en Nouvelle-France et au début du régime anglais (1608-1850)

21 juillet 2022

Dans le cadre de l’exposition À la vôtre!, nous vous proposerons une série de textes sur l’historique de l’alcool et de la consommation. Ce premier texte vous propose un retour sur l’origine de la vitiviniculture du Québec.

 

Entre 1608 et 1850, l’histoire de la vitiviniculture au Québec reflète celle de l’histoire coloniale, française et britannique, et celle des modes de vie européenne. Les Français qui s’établissent en Nouvelle-France, apportent avec eux l’habitude de la consommation du vin au repas ou pour la socialisation. La production de raisins de table et de vins sert pour la consommation à petite échelle et pour la célébration de la messe. Le vin sert aussi dans la cuisine ou comme médicament et fortifiant. C’est pourquoi les Français apportent régulièrement, lors de leurs voyages vers la Nouvelle-France, des ceps qu’ils doivent protéger en hiver.

Le premier essai connu de culture de la vigne est celui de Samuel de Champlain, qui plante en 1608 de la vigne importée de France (Vitis vinifera) près de l’Habitation de Québec. Cependant, il perd bientôt ses vignes à cause du manque de soin, mais plus probablement à cause du gel. Par la suite, plusieurs colons importent des ceps de vinifera qui connaissent le même sort. C’est la raison pour laquelle ces derniers essaient de vinifier les raisins sauvages, parfois fort beaux surtout à l’île d’Orléans, mais au goût un peu âcre. Ces raisins sont issus de la vigne des rivages (Vitis riparia), qui est la seule vigne indigène du Québec à donner des fruits d’une grosseur abordable. En effet, l’autre vigne indigène, la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) aussi très répandue le long de nos cours d’eau ne donne que de petits grelots très acides.

Les communautés religieuses, comme les Sulpiciens à Montréal et les Ursulines à Québec, et quelques particuliers cultivent la vigne près des villes ou dans leurs jardins. Dans le récit de son voyage au Canada en 1749, l’explorateur et naturaliste suédois Pehr Kalm rapporte la fabrication de vin blanc et rouge à partir de vinifera dans les jardins de Montréal.

Les efforts pour acclimater les vignes françaises, dites nobles, et améliorer la productivité de la vigne sauvage par des pratiques agricoles d’avant-garde pour l’époque n’ont pas toujours donné les résultats escomptés. Dans son Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le CANADA, en 1664, Pierre Boucher rapporte (p. 52) que, dans les jardins, les raisins de vinifera sont fort beaux et que la vigne indigène donne un « gros vin, qui tache beaucoup » !

Si l’élite peut consommer du bon vin importé par bateaux malgré les naufrages et les attaques des Anglais, les autres habitants de la Nouvelle-France s’habituent à consommer de l’eau, du cidre, de la bière et d’autres boissons, dont le « bouillon » et la bière d’épinette. Pierre Boucher en a aussi fait le constat en 1664 (p. 140).

 

À partir de 1671, l’intendant Jean Talon force la consommation de la bière avec l’installation de sa fameuse brasserie à Québec. En revanche, il est probable que beaucoup de personnes continuent à faire du vin de raisins sauvages puisque, en 1707, un règlement prévoit une amende pour ceux qui vont cueillir du raisin sur le terrain d’autrui. Pour leur part, durant la période de la Nouvelle-France, les Premières Nations apprennent à boire l’eau-de-vie obtenue par échanges de peaux de castors avec les coureurs des bois.

Sous la période anglaise (1760-1855), les circuits d’importation du vin se modifient avec l’arrivée de vins et de spiritueux du Portugal, de l’Espagne et des Antilles, la source française s’étant passablement tarie. Ainsi, la consommation se diversifie et les Québécois, appelés alors Canadiens, peuvent consommer des vins et des alcools qu’ils n’importaient pas avant 1760. Durant cette période, on retrouve encore quelques vignobles dans les communautés religieuses et chez les familles à l’aise. Mais les vignes servent davantage à la production de raisins de table qu’à celle du vin.

 

Jean-Marie Dubois, Professeur émérite, Université de Sherbrooke

 

Références

Boucher, Pierre (1664) Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada. Société historique de Boucherville, Boucherville, reproduction en 1964, 415 p.

Kalm, P. (1977) Voyage de Pehr Kalm au Canada en 1749. Traduction annotée du journal de route de P. Kalm par Jacques Rousseau et Guy Béthune, Éditions CLF, Montréal, 674 p.

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